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Voyage en Dominique

VENDREDI 26 MAI 2006 .

Chapitre 11 :

« Le réveil de l’iguane »

Nuit assez agitée. Hier soir, et pendant une bonne partie de la nuit, nous avons entendu quelque chose râcler, creuser, frotter contre la porte de notre chambre. J’ai flippé et me suis fait de gros films, de la tortue venue pondre ses oeufs en raclant le sol de ses pattes ( version rassurante) à la bête sauvage errante assoiffée de sang reniflant notre chair fraîche , en passant par le serial killer ayant choisi le site pour enterrer un cadavre ! Divers cauchemars se sont mêlés   mon état de semi-veille, et j’ai ordonné à Bibou – fonctionnant aux radars et n’ayant plus l’énergie de me faire rationaliser – de tout barricader ! Résultat : on a crevé de chaud et bataillé avec les moustiques le reste de la nuit ! Explication rationnelle et rassurante du boss ce matin – quand l’aurore aux doigts de rose eut chassé de ses rayons lumineux les obscures angoisses des mauvais rêves – devant un petit déjeuner royal ( pain perdu au sucre roux  et jus de fruits frais mousseux mixé sous nos yeux) : ce n’était qu’un gros crabe qui se déplaçait sur les graviers et dont une des pinces raclait le sous bassement de notre porte !

Juste avant de partir, alors que j’admirais les camaïeux de bleu de la mer, un iguane de 60 cm a sauté d’un arbre à mes pieds ! Je n’ai pas eu le temps de le « captuer » dans mon Pentax, il était déjà caché dans l’épaisse végétation !

Chapitre 12 :

Victoria Falls : Trace du Temps Perdu

Après ce copieux petit déjeuner, avisés des conseils et bonnes astuces de notre baroudeur de Didier, nous prenons la route à 9H15 à la découverte des célébrissimes « Victoria Falls ». Il faut compter une bonne heure et demie de route périlleuse, ( j’ai serré les fesses et fermé les yeux plusieurs fois durant le trajet,   alors que nous grimpions à bord de notre 4x4 des côtes raides et escarpées) mais quel panorama ! Les mornes aux sommets brumeux, les nuages dessinant des ombres fantomatiques sur les véritables gouffres de lointaines vallées verdoyantes, des pans entiers de Montagne couverts de fleurs, de cocotiers, de bananiers, cacaohiers, fougères arborescentes...

Arrivés à Délices,

Delice Antilles La Dominique

Antilles La Dominique Delice

nous sommes séduits par ce petit village perdu dans la campagne, et croisons de nombreux villageois qui remontent des champs, le coupe-coupe à la main, et de gros et lourds sacs de patates douces sur la tête. Une vieille dame très sympathique, parlant un anglais-créole très coloré, nous indique la direction de la piste des chutes. Nous la prenons en stop pour lui éviter de gravir à pieds la pente raide , chargée comme elle est .Elle accepte avec enthousiasme, et n’est pas peu fière de saluer ses compagnons de labeur qui l’envient ! Elle nous remercie plusieurs fois, en tentant quelques mots français comme « Merci » et « A pa quoi » et éclate de rire en s’entendant prononcer   cette langue étrangère. Elle nous propose également gentiment des patates douces pour nous prouver sa gratitude, mais elles lui seront bien plus précieuses qu’à nous. En revanche, par pudeur, timidité ou superstition, elle refuse la photo-souvenir...

Nous voilà face à la pancarte dont nous avait parlé Didier : « Trace du temps perdu » : début de l’aventure ! 

Nous trouvons sans difficulté la bucolique clairière des rastas, située en bord de rivière , mais à notre grand désarroi, il n’y a personne : Moïse a dû partir avec un groupe de randonneurs. De fait, nous le croisons presque au pied de la chute, mais , comme nous le craignions, il est désolé de nous confirmer qu’ « it is too late for rasta food ! » En effet, Didier nous avait expliqué que d’habitude, il prépare le repas pendant que les randonneurs font l’aller-retour ; car il faut bien une heure et demie pour cuire les légumes dans des feuilles de bananiers sur un feu de bois...Nous sommes un peu déçus de rater ce repas traditionnel, mais ce sera pour une autre fois...

Nous mettrons presque une heure pour atteindre la cascade, au prix de laborieux efforts de crapahutage et escalade de rochers monstrueux,

Bidou Victoria Antilles La Dominique Bidou Victoria 2 Antilles La Dominique

d’innombrables traversées des torrents, s’immergeant dans l’eau bleuâtre

river-victoria-falls Antilles


river-victoria-falls-2 Antilles


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jusqu’à la taille parfois (quelques frayeurs pour le sac à dos et l’appareil photos !)

Antilles La Dominique

Antilles La Dominique


....mais quelle récompense au bout de la piste !   Une cascade majestueuse, inspirant le respect

par sa taille magistrale


victoria-falls


( plus de soixante mètres selon Didier !).

La pierre noire de la falaise dessine ici des lignes concentriques, et là des visages surréalistes, la végétation mousse sur des rochers polis et luisants, des centaines de lianes sylphides pendent élégamment de la cuvette arrondie que dessinent   les hauts de falaise, et la bouche énorme et écumante de la cascade projette des millions de particules de goutelettes d’eau qui nous humidifient de la tête aux pieds, comme sous l’effet d’n brumisateur géant !

Nous décidons d’abanonner le premier lac , trop « bouillonnant » pour nous baigner dans une autre cavité , plus bas, où l’eau semble plus paisible, et nous attire par sa couleur blanc-vert. Instant de délectation . Elle est fraîche, mais revigorante après les efforts fournis. Une fois encore, sensation étrange de se sentir seuls au monde, comme Adam et Eve , ayant pour seule compagnie la cacophonie des oiseaux, et de sifflements non identifiés, comme des sons lointains de flûte...

Vacances Antilles La Dominique Vacances 2 Antilles La Dominique
Antilles La Dominique Vacances 3 Antilles La Dominique Vacances 4

La descente sera plus facile , car nous trouvons la bonne piste ( mais il fallait la voir ! Elle est entièrement cachée par un méli-mélo de racines, branches, fougères, hibiscus.... !) mais bien plus rapide que par les rives rocailleuses !

De retour à la voiture, nous bavardons un moment avec les rastas revenus de leur balade, très sympathiques et jovials.

Chapitre 13 :

« Tarzan et Jane à Glassy »

Enthousiamés par notre premier exploit, nous décidons de poursuivre le safari vers Glassy, pointe de falaise située près du village de Boetica, endroit prisé par notre hôte. Sur la route, nouvel émerveillement devant des tranches de vie quoitidienne : écolières cheminant à pied dans leur uniforme soigné ( robe chasuble bleu marine ou à carreaux, noeuds assortis dans les nattes remontées sur le sommet de la tête, et chaussettes montant jusqu’aux genoux : comment peut –on infliger le cruel port de chaussettes sous un climat pareil ?!!) , ou une mère de famille et ses enfants, se lavant dans la rivière, car les cases miséreuses louées 80 EC$ par mois ne sont   équipées ni d’ électricité ni d’eau .Tous nous saluent, le corps ensavonné, et certains enfants courent derrière la voiture en riant et en faisant de grands signes de la main.

Sur la route de Délices à Boética, nous prenons une autostoppeuse qui se rend à La Plaine. C’est elle qui nous indique le point de départ de la piste de Glassy. Elle nous vante la beauté d’autres chutes à proximité, les Sari-Sari Falls, mais nous n’aurons malheureusement pas le temps de nous y arrêter : 4 jours sur l’île , c’est très peu, et nous sommes confrontés chaque soir, à l’heure   des dilemnes et des projets de visites pour le lendemain, de faire de cruels choix. De plus, Didier nous a mis en garde contre les chutes de Sari-Sari : l’an dernier, une touriste a péri emportée par la violence des flots...

Glassy, c’est la surprise du jour : comptez une bonne heure de randonnée dans la forêt tropicale, dans des sous-bois étouffants, oppressants,   chauds et humides, sur un sol très glissant littéralement recouverts de dizaines de lézards ! Brrrr ! J’ai dû hurler une bonne centaine de fois , car à chaque pas, ce sont cinq ou six petits reptiliens qui sautent, se propulsent du tapis de feuilles mortes, pour échapper à nos semelles de géants ! Le décor cependant vaut le détour : on se croirait dans un film d’aventures, et on ne serait pas étonnés d’y croiser un pirate ou un Indiana Jones en vadrouille !

Antilles La Dominique Glassy


Antilles La Dominique Glassy

Sur le sentier forestier très étroit, on se faufile entre les lianes (auxquelles je me suis suspendue, telle Jane, et qui m’ont d’ailleurs valu le gadin du siècle!)

Antilles La Dominique Bidou-8Bidou 9 Antilles La Dominique

Au bout de la trace, interminable, sur un sol de plus en plus hostile et glissant, il nous faut descendre des sentes rocailleuses de 15 cm de large, royaume des biquettes à en juger les monticules de crottes sur lesquelles nous marchons ! Et soudain, entre deux rocs majestueux, surgit la mer houleuse, dont les vagues viennent s’engouffrer à grand fracas dans les cavités rocheuses des falaises qui tombent à pic .

Glassy 3 La Dominique


Glassy 4 La Dominique

Bibou dégaine immédiatement son carnet de croquis, pendant que je me délecte d’une mangue juteuse à l’ombre d’un gros arbre au port princier, histoire de reprendre des forces pour la longue et pénible remontée du retour.

Dieu que ce fut difficile ! Autant nous trouvions le terrain glissant en descendant jusqu’à l’océan, autant nos cuisses et nos mollets ont douloureusement souffert pendant l’escaldade de la remontée ! Arrivés au point de départ, nous faisons une halte pour enrichir la collection de fleurs et de feuilles insolites composant notre herbier dominicain.

Antilles Fleur tropicalFleur tropical 2

Fleur tropical 3

Fleur tropical 4

Nous sommes dégoulinants de sueur ( et ce n’est pas une image : Seb peut carrément essorer son T.Shirt , et mes cheveux longs sont trempés de la racine aux pointes ! Heureusement, le trajet en voiture , toutes vitres ouvertes, nous offre les bienfaits de l’air frais de la montagne, bien plus pur que l’air conditionné de la clim’.

Chapitre 14 :

Sunset à Castaways, la « plage aux crabes »

En cette belle fin d’après-midi, nous retraversons l’île depuis la côte Est : il faut d’abord remonter de Boética à   Rosalie,avant de traverser le parc naturel du Morne des trois Pitons,   jusqu’au village central, Pont-Cassé, où nous bifurquons pour remonter jusqu’à Salisbury. Le chemin nous réserve de magnifiques surprises, : de nombreuses rivières aux rives de roseaux, des hameaux minuscules comptant cinq ou six maisons mais une chapelle quand même ...

Après avoir traversé le village de la Plaine, et juste avant la Rivière Cyrique et la baie de Rosalie, nous découvrons émus la plage de   « Bout Sable », réputée et protégée , pour les tortues qui viennent y pondre leurs oeufs en octobre.



Antilles Tortue Turtle

Enfin, nous nous arrêtons au crépuscule, afin d’admirer un splendide coucher de soleil sur la plage de Castaways, bordant de son sable noir le hameau de Méro. Bibou apprécie son dernier bain de la journée, dans une eau lisse et limpide, pendant que je me délecte de la délicieuse chaleur des derniers rayons dardants de l’astre déjà rouge, en complétant notre journal de bord. En relevant la tête de mes notes, je m’aperçois soudain, que, confiants devant mon immobilisme de ces dernières minutes, des dizaines de crabes sont sortis du sable ! Ils sont jaune poussin, et chassent de minuscules poux de mer, ou d’autres de leurs congénères plus petits ! Seb me rejoint pour admirer le spectacle pyromane du soleil embrasant la mer , et me confie que les fonds marins ressemblent à un ciel étoilé, de mini-coquillages blancs et irisés clairsemant de loin en loin la noirceur du sable sous-marin : je regrette déjà de ne pas l’avoir rejoint pour cette ultime baignade de la journée !

Tout est beau ici : sur la terre, dans le ciel, sous la mer....Didier nous a parlé de la plage « Champagne », baptisée ainsi en raison des volcans sous-marins qui produisent des milliards de petites bulles. Il assure y avoir rencontré d’amusants animaux, au corps spongieux et transparent, orné d’anneaux circulaires fluorescents, roses ou verts ! Il y a tant de curiosités à admirer, c’est comme si nous n’avions pas les yeux assez grands !

Chapitre 15 :

Le Rhum – Scorpion

A Stonedge , Didier, Dana et Dyle nous attendent pour l’apéro (vin blanc de bourgogne bien frais ! ) agrémenté de mangues vertes coupées en fines lamelles, et saupoudrées de gros sel et de sauce pinmentée : succulent !

Dîner agréable ( Dorade grillée pour Seb et boeuf aux tomates vertes, oignons et patates douces pour moi) et bonne humeur toujours de mise, Dana, de moins en moins timide, s’attable plus volontiers et partage nos conversations qui se poursuivent dans un imbroglio de français-anglais. Elle me raconte en pouffant comment , dans l’après-midi, Blanche, la chienne, a poursuivi un iguane dans tout le salon ! Je bois les paroles de Dyle, qui se lance dans un de ses épiques récits de voyage, et nous raconte une plongée de nuit à l’île des Pins, parmi les serpents de mer ( Gloups ! Juste avant d’aller se coucher, je ne trouve pas que ce soit le meilleur sujet ! ) ou ses souvenirs de Polynésie, où elle a enseigné quatre ans, et découvert la culture et les moeurs des peuples cannibales (re-gloups ! )

Alors qu’ils ergotent sur ces anecdotes reptiliennes qui me hérissent la colonne vertébrale, un drôle d’insecte, ressemblant à une sorte d’araignée d’eau noire et jaune, tombe sur mes cheveux puis sur ma cuisse ! Nouveau gloups. Et renouveau gloups - gloups quand Didier m’explique que j’ai eu de la chance, car, au contact de la peau, cette petite saleté urticante provoque de cuisantes brûlures et des cloques ! La conversation se porte alors sur les étrangetés animales, et Didier nous parle d’un site sur l’île, une grotte prisée des spécialistes et adeptes des chauve-souris ( car l’île est aussi réputée pour les différentes espèces de ces petits mamifères volants qu’elle abrite) où poussent des champignons   proliférant grâce aux fiantes des bestioles, et dégageant un gaz hautement toxique dont les particules se fixent sur nos poumons, condamnant les plus chanceux à dix-huit mois d’hospitalisation pour affections respiratoires graves : ça calme !

Pour clore cette soirée, Didier est fier d’offrir à Seb la dégustation de son rhum maison au scorpion et piment rouge ! Rien qu’à inspecter la bouteille, on se croirait dans « Les bronzés font du ski » ! On distingue en effet très nettement , à travers le verre poli, les bébêtes rampantes gonflées d’alcool : beeeeeerk ! Bien évidemment, le venin n’a PAS été retiré ! S’armant de courage, Seb bascule le verre dans sa gorge .....et , d’un bond, se lève de table , crachant, toussant, tapant du poing sur la table, les yeux injectés de sang, sous l’éclat de rire tonitruant de notre chef sommelier ! Seb renoncera à finir son verre. Pour ma part, je goûte du bout des lèvres son rhum aux fleurs de frangipanier,beaucoup plus doux et suave.

Summary Dominique : Site Map

MERCREDI   24 Mai 2006 Chapitre 1 - 5 - 15H30 (Heure locale)
JEUDI 25 MAI 2006 Chapitre 6 - 10 - 1ère aurore sur l’île
VENDREDI 26 MAI 2006 - Chapitre 11 - 15  : « Le réveil de l’iguane »
SAMEDI 27 MAI 2006 - Chapitre 16 - 22 : Les toasts débiles du breakfeast à Stonedge
DIMANCHE 28 MAI 2006 - Chapitre 23 - Fin : « Middle Falls et la vallée des perroquets »


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