Voyage en Dominique
SAMEDI 27 MAI 2006
Chapitre 16 :
Les toasts débiles du breakfeast à Stonedge
Avant-dernier réveil à Stonedge. Cette nuit, c’est
Dyle qui a été importunée par un crabe, qui a réussi
à grimper les marches et pénétrer dans sa chambre, pour
faire un boucan d’enfer derrière la colonne du lavabo
d’où il a été impossible de l’extirper !
Hier soir, juste avant d’aller se coucher, Didier
n’a pu s’empêcher de nous avouer, l’oeil plein de malice
et d’espièglerie, qu’il préparait, pour le petit déjeuner
du lendemain, un brunch aux « toasts débiles »
....mais il a refusé d’en dévoiler davantage ,
assurant seulement qu’il adorait surprendre ses clients
par ses recettes créatives, comme, je cite « les
engloutis du Titanic » ou « le petit soldat
allemand allongé dans les tranchées ».....J’avoue
que je ne voyais pas très bien à quoi tout cela pouvait
ressembler, et encore moins quel goût cela pouvait avoir !
Suspense...
Le mystérieux petit-déjeuner surprise tant attendu
a reçu l’appellation officielle de « races mélangées »,
en hommage au métissage des îles sous le Vent, et
métaphorisé sous la forme d’un duos tomates vertes et
rouges et fromage, sur un toast grillé. Café et jus
de fruits de la passion frais, mixé sous nos yeux, à
volonté !
Chapitre 17:
De Salisbury à Porthmouth : le Nord-Est de l’île
Départ à 8H30 direction « la vallée des perroquets »,
mais les indices trop imprécis de Didier ne nous ont
pas permis de trouver la piste, alors que nous avons
quadrillé sans relâche les cultures de bananes à la
recherche du repère « Cabane Whitnel »...Nous
avons donc repris la route direction Porthmouth, et
le Nord de l’île que nous n’avons pas encore exploré .
En route, nouvelles et nombreuses haltes dans les villages
comme Coulibistrie, ou Glanvillia...
Indian River
A Porthmouth, nous trouvons sans difficulté Grégory,
qui nous guidera sur la fameuse « Indian River » :
moment d’intense émotion et bien-être ! Le temps
semble s’être suspendu !




Le point de départ pour la balade en pirogue sur la
rivière indienne se fait sous le pont de Porthmouth,
là où mer et rivière se rejoignent.
Comme tous les rastas, Grég caresse ses interlocuteurs
d’un regard un peu stone, éclairé par un visage gai,
jovial et rieur, qu’encadrent d’opulantes dread locks
alourdies de perles jaunes et vertes, et d’une barbe
à en faire pâlir le Père Noël !

Il est zen, heureux de vivre, et le feeling passe
immédiatement. Au fil de l’eau, nous bavardons joyeusement
dans un mélange français/anglais/rasta. Il chantonne
de temps à autre de bonnes mélodies reggae, s’arrêtant
de ramer pour nous livrer de précieuses explications,
sur l’origine du nom de la rivière ( héritage des premiers
habitants, les indiens arrawaks) ou sur les apports
culturels, linguistiques, agricoles....des Amérindiens,
puis des colons, les « pirates » comme il
les appelle, Marco Polo, Cristophe Colomb, qui détruisent
des pratiques ancestrales pour imposer leurs méthodes
et leurs dogmes. Il nous apprend également le nom des
plantes aquatiques ou poussant sur les berges, en nous
précisant chaque fois le nom Indien, que je n’ai malheureusment
pas retenu, et dont je regrette de ne pas les avoir
notés sur mon cahier. De temps à autre , aux endroits
stratégiques de cette rivière qu’il connaît par coeur,
il immobilise notre embarcation, et nous fait signe
qu’’il y a un animal à observer : un héron bleu,
un pic-vert, un gros poisson, ou un iguane venu se dorer
au soleil...Il nous désigne bientôt sur la rive un
entrelacement complexe de racines et de lianes, qu’il
a baptisé « la fiesta des crabes » en raison
de la multitudes de crustacés qui y grouillent . Il
nous fait également observer les énormes termitiers
, bâtis entre les troncs noueux, qui font penser à d’énormes
ballons de baudruches noirâtres...Certains sont impressionnants
par leur taille.
Lieu magique et sacré, si « peaceful » comme
aime à le répéter notre rasta-guide, où l’on prête l’oreille
aux gazouillis des oiseaux à peine dérangés par le glissement
lent de la frêle flotte, et le cliquetis de ses pagaies.
Alors que nous nous enfonçons de plus en plus dans
les terres, la rivière se sépare en divers bras, et
des treillages de lianes forment bientôt au dessus de
nos têtes une vértable tonnelle de végétation sauvage
et indisciplinée.
Au bout du chemin aquatique, comme sortie de nulle
part, se dresse une construction en bois, artistiquement
mise en valeur par un bosquet de crotons, surplombant
un ponton , où une famille vend différentes sortes
de rhums artisanaux. Le temps de déguster une mangue
acidulée offerte par Greg, et d’écrire un mot sur le
livre d’or,

et nous remontons le cours de la rivière. Seb
sort son zap-book pour reproduire au papier un croquis
du paysage, et je ris de bon coeur au show de Greg qui
dialogue avec les grives : instants magiques !
C’est vrai qu’elles lui répondent ! Qu’elles le
questionnent ! Et elles
sont curieuses en plus ! On les voit sauter de
branches en branches, tourner la tête dans tous les
sens pour mieux voir ces drôles de touristes passer
dans leur décor sauvage ! Nous n’avons pas vu le
temps passer, et remercions chaleureusement notre
« gondolier » pour cette féerique balade sur
« la petite Venise Dominicaine », et surtout
pour nous avoir appris à « regarder » !
Chapitre 18 :
De Porthmouth à Calibischie
Nous reprenons place dans la voiture, volant à droite
( je me trompe toujours de porte, oubliant que le côté
passager se situe à gauche ici ! ) pour traverser
l’île d’ouest en est, de Porthmouth à Calibishie. A
la sortie du village, à Porthmouth, j’achète pour 5
EC$ (= 2 euros ! ) à l’angle de la rue du « Grand
Bazard », un sac de mangues énormes et juteuses
à une « ancienne » très sympathique et bavarde,
qui choisit précautionneusement les meilleurs fruits
de son panier pour satisfaire la petite touriste blanche
qui la fait rire avec son terrible accent.
Sur la route de Calibishie, nous nous arrêtons souvent
pour prendre des clichés de villages comme Bornes,
Dos d’âne, La source, ou Hampstead. Nous prenons en
stop un père de famille et ses deux fillettes de 7 et
3 ans.

Il nous explique qu’il les conduit chez leur mère pour
le week-end, dans la réserve Indienne, en territoire
caribe. Les petites sont intimidées, elles écarquillent
leurs grands yeux noirs comme des billes aux longs cils,
et ne sourient pas beaucoup. Nous les déposons à l’arrêt
de bus de Calibishie, où nous souhaitons faire une halte
déjeuner.




Plage déserte et romantique de Calibishie...
Il est 13 h, et nous trouvons facilement le restaurant
local conseillé par Didier, aisément reconnaissable
sous les Antilles, en raison de ses portes « saloon »
et sa musique « country » !

 
Nous déjeunons sur une terrasse déserte (nous sommes
les seuls clients ! ) et ombragée, face à la mer
et aux pêcheurs de crevettes, d’une copieuse assiette
de mahi-mahi grillé et mariné, et son accompagnement
de nouilles, patates douces, lentilles, salade verte
et tomates, bananes plantains ; et accompagnée
d’une désormais traditionnelle Kubuli pour Seb et
d’un jus de fruits inédit pour moi : du « cherry »
( grosses cerises jaunes mixées = SUCCULENTISSIME !
)
Chapitre 19 :
« Chair de Poule à Chaudière Pool » !
Motivés et le ventre plein, nous reprenons la route
pour visiter le site de « Cold Souffrière »,
mais, mis sur une maivaise piste par l’autostoppeur
de ce matin, nous nous trompons de chemin et entamons
une montée vers un autre site « Chaudière Pool »....dont
nous nous souviendrons longtemps !
Sur le chemin, les habitants nous mettent pourtant
en garde : « Take care ! It’s a very
bad road ! », mais habitués aux nids-de-poule
de St – Martin ( pensions-nous ! ) et surtout aux
sollicitations incessantes des locaux offrant leurs
services de « guide » pour gagner quelques
EC$, nous nous entêtons....Grossière erreur !
On ne sait comment l’expliquer, - car nous avions
toujours fait preuve jusque là de prudence, respectant
les consignes de sécurité élémentaires en voiture comme
en randonnée – nous avons manqué un panneau de bois
( que nous avons efectivement lu.....bien trop tard !
Au retour ! ) indiquant que la piste devait s’effectuer
à pieds, avec un avertissement très explicite inscrit
EN GROS : « DANGER ! KEEP OFF ! »
Résultat : nous nous sommes retrouvés coincés
dans le 4x4 sur une piste large comme la voiture, en
pente raide, semée de nids-de-poules comme des cratères....bordée
de droite et de gauche par deux ravins abyssaux !
Quand on s’est aperçus de notre bêtise, il était déjà
trop tard, la voiture patinait et commençait un peu
à branler, et on entendait les graviers crisser sous
les pneus ou pire....tomber dans le vide !!!! J’ai
voulu sortir pour respirer un grand bol d’air pur et
tenter de calmer l’angoisse indescriptible qui m’envahissait,
mais la vue du vide sous mes pieds n’a fait qu’accroître
ma panique ! Finalement, Seb a réussi – au prix
d’interminables minutes de manoeuvres , à s’extirper
de ce piège pour accéder à une sorte de plateau plus
stable, guère plus large que la voiture, mais plus sécurisé.
Restait à faire-demi tour ( il a fallu s’y prendre en
une bonne demi-douzaine de fois ! ) et redescendre
cette trace maudite, au pas, serrant les fesses, attentifs
au moindre bruit ou choc suspect, indiquant que le sol
fragile se dérobait sous le lourd poids des roues...
Seb transpirait à grosses gouttes, et a gardé un sang
froid héroïque, positivant, m’adressant des paroles
rassurantes et me parlant calmement...Mais je savais
que lui aussi flippait ! Il m’a ordonné de fermer
les yeux, car je commençais vraiment à crier de peur
en voyant la voiture tanguer d’un côté puis de l’autre
au fur et à mesure que nous avancions à pas d’escargot
, décimètre par décimètre ...et mes plaintes de
chiot apeuré accentuaient le stress du conducteur !
Je me souviens – ça nous fait rire maintenant- au moment
le plus critique, il m’a dit de détacher ma ceinture
de sécurité, et de me préparer à sauter s’il me le disait !!!!
Il a ajouté avec un sourire « au cas où... »
mais déjà je nous voyais comme dans les westerns, les
jambes pendant dans le vide, le visage poussièreux,
accrochés d’une main à une poignée d’herbes sèches prêtes
à céder et à nous précipiter dans le néant, pendant
que des aigles royaux voleraient au dessus de nos têtes
de charogne !
Nous sommes parvenus au bout de cette trace diabolique
tout penauds, et totalement démotivés pour la retenter
à pied....l’endroit nous paraissant à présent imprégné
d’épreuves pénibles et douloureuses. De toutes façons,
il me semble que le matin, dans la voiture, l’autostoppeur
nous avait mis en garde contre les serpents....Je suis
sûre et certaine que c’aurait été galère !
Chapitre 20 :
Indigo Art Studio
Nous décidons donc de regagner Porthmouth ( retraversée
en largeur de l’île !) pour explorer l’extrême
pointe nord-ouest de l’île, de Porthmouth à Capucin.
En route, nous nous arrêtons entre « Dos d’âne »
et « Bournes », intrigués par une petite pancarte
colorée, clouée sur un poteau électrique et indiquant
« Indigo Art Studio ».
Au sommet d’un chemin rocailleux qui grimpe dur, nous
découvrons éblouis un décor surréaliste ! Malheureusment,
une pancarte
à l’entrée rappelle aux touristes que les paparazzi
ne sont pas les bienvenus : « Visitors, please
no photo, memories stay in your mind ! »
Nous restons attendris devant ce que j’appelle « la
maison du bonheur » : une bicoque toute en
bois, montée sur pilotis, et entièrement meublée, équipée
et décorée en objets artisanaux, faits de bois flotté :
tables, chaises, fauteuils, évier , plats ...Les
murs sont couverts de tableaux vifs et colorés, représentant
des paysages que nous ne connaissions pas encore il
y a deux jours, et qui exacerbent nos envies de peindre,
survenues dès la première semelle posée sur cette île,
véritable Muse pour les artistes en quête d’inspiration.
Un entêtant et enivrant parfum d’encens et de ganja
émane des lieux...Nous dégustons sur place un succulent
jus de fruits pamplemousse-ananas, très frais, très
mousseux, et des petites bananes très sucrées, confortablement
installés dans de larges fauteuils qui auraient pu orner
la cabane de Robinson Crusoë., en admirant du haut de
notre plate-forme , le paysage époustouflant d’une vallée
de cocotiers verdoyants. En discutant avec les heureux
propriétaires, nous apprenons en un éclat de rire collectif
qu’ils sont non seulement français eux aussi ( alors
que nous dialoguions depuis plusieurs minutes en anglais !)
mais qu’ils ont également vécu à Saint- Martin, où leurs
deux grands fils vivent encore !
Chapitre 21 :
De Porthmouth à Capucin : Extrême Pointe Nord-Est de l’île
Sur la route de Porthmouth à Capucin, nous apprécions
le charme pittoresque de nombreux hameaux aux noms poétiques,
comme Cabrits, Tanetane ou Morne Soleil ; mais
nous tombons littéralement en pâmoison devant le village
de Toucari ! Nous sommes pourtant habitués aux
splendides plages turquoise de Saint-Martin, mais là,
nous ne résistons pas à l’appel d’une plage déserte,
sur laquelle quelques enfants jouent au ballon....Les
cocotiers se reflètent dans une eau émeraude, limpide,
et lisse comme un bassin d’huile....Délectation suprême...



Plage de Toucari, classée dans le « top-ten »
de nos coups de coeur !
Après cette pause – fraîcheur, nous reprenons notre
route et traversons les villages de Cliffton, Vieille
Savane et Capucin, où les feuillages des flambloyants
rivalisent d’intensité....Nous prendrons des dizaines
de clichés de ces arbres aux lourdes grappes de fleurs
rouge – vif, ou orange –or, adulées par le peintre
Richardson.


Chapitre 22 :
« Cold Souffrière »
Il n’est pas très tard, alors nous décidons – têtus
que nous sommes – de trouver le fameux site de Cold
souffrière, en empruntant cette fois-ci une route secondaire,
qui traverse l’extrême –nord de l’île, entre Tanetane
et Penville...où chaque virage sur la corniche (très
étroite et non sécurisée , il va de soi ! ) nous
réserve des panoramas à couper le souffle !

Cold souffrière est vraiment un tout petit site, très
facile d’accès par une piste rapide (à peine dix minutes
de marche). L’endroit est très différent des autres
sites que nous avons visités : il fait bien plus
frais, la végétation est plus basse, et ça pue vraiment
l’oeuf pourri ! Mais c’est étrange de découvrir
, au milieu d’une clairière, un véritable paysage de
désolation, carbonisé, fumant, où de petites mares de
boue laiteuse chantent inlassablement les « bloug-bloug »
de leur eau bouillante. Comme il se fait tard, et que
le soleil entame déjà son inéluctable plongée vers la
mer, nous abandonnons le projet de rentrer par la route
longeant la réserve indienne, et optons pour le chemin
le plus direct et sécurisé ( assez de frayeurs routières
pour aujourd’hui ! ) .
Nous traverserons d’autres villages minuscules, qui
sonnent pourtant bien français, comme Vieille Case,
Au Parc et Thibaud, nichés au coeur de la montagne,
et dont les habitants semblent tout étonnés de nous
voir ...
Après avoir regagné Porthmouth, il nous reste à descendre
la côte littorale jusqu’à Salisbury et Stonedge ;
mais l’incendie du soleil commence et il nous tarde
de trouver une belle plage pour l’admirer : nous
tentons celle du village de Dublanc, véritable labyrinthe
de ruelles étroites, envahies de poules, de chèvres,
et d’enfants qui jouent devant des cases miséreuses...mais
je m’entête, assurant à Seb que nous aurons le temps
de parvenir à une plage plus belle, située quelques
kilomètres plus au sud. Finalement, nous nous arrêterons
sur les galets de Colihaut....et admirerons le crépuscule
en bordure de route !
Dernier dîner de pâtes aux légumes
à Stonedge, en compagnie de Dyle qui nous fait voyager
avec les mots, Dana qui finit par accepter de se laisser
prendre en photo et Didier, occupé par quatre nouveaux
clients, dont un jeune couple de Montpellier, avides
de nos premières impressions.
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